Frottis après 65 ans : pourquoi ne pas en faire ?

Des chiffres bruts, des courbes implacables, et pourtant, la réalité individuelle échappe parfois aux statistiques. En France, les autorités sanitaires recommandent d’arrêter le dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis après 65 ans, seulement si les examens précédents sont restés normaux. Cependant, certains cancers continuent d’être découverts au-delà de cet âge.

Dans certains cas précis, absence de suivi régulier, antécédents médicaux particuliers, poursuivre le dépistage garde tout son sens. Cette question de l’utilité du frottis après 65 ans divise médecins, spécialistes et patientes, faisant émerger de vrais débats sur la pertinence d’un arrêt systématique.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus : où en est-on après 65 ans ?

En France, deux outils principaux forment le socle du dépistage du cancer du col de l’utérus : le frottis cervical et, depuis peu, le test HPV. Jusqu’à 65 ans, la règle est simple : un rythme régulier, tous les trois à cinq ans, pour repérer au plus tôt les lésions provoquées par le papillomavirus. Mais au-delà, si les précédents examens sont restés sans anomalies, la Sécurité sociale considère que la surveillance peut cesser.

Pourquoi fixer ce cap ? Les chiffres de l’Institut national du cancer sont nets : la plupart des lésions précancéreuses émergent bien avant la soixantaine. Une femme régulièrement suivie voit son risque de développer un cancer invasif après 65 ans devenir très faible. Le col de l’utérus, modifié par le temps et les bouleversements hormonaux, devient moins vulnérable au papillomavirus.

Cela dit, toutes les femmes n’ont pas bénéficié d’un suivi assidu, et certaines présentent des facteurs de risque spécifiques : immunodépression, antécédents de lésions, absence de frottis réguliers. Chez elles, le recours au frottis ou au test HPV reste pertinent, même au-delà de l’âge recommandé. Les recommandations françaises, alignées sur celles de nombreux pays européens, s’appuient sur des études épidémiologiques solides. Dépister tout le monde après 65 ans n’apporterait qu’un gain minime, face à la hausse des risques de surdiagnostic ou de gestes médicaux superflus.

Pourquoi la recommandation d’arrêter les frottis à partir de 65 ans suscite-t-elle des questions ?

Le sujet du frottis après 65 ans ne laisse pas indifférent. Pour certaines femmes, mettre fin au dépistage après cet âge suscite une certaine frustration. Le risque zéro n’existe pas, rappellent-elles, et le cancer du col de l’utérus ne s’évanouit pas à la ménopause. En France, selon l’Institut national du cancer, près d’un nouveau diagnostic sur dix concerne une femme de plus de 65 ans.

Comprendre le risque de cancer chez les femmes âgées demande nuance. Si la majorité des cas se déclare plus tôt, une vigilance reste de mise pour celles sans suivi régulier ou dont le dernier frottis date. Les autorités sanitaires s’appuient sur des données solides : chez une femme dont les frottis de dépistage ont toujours été normaux, la probabilité de voir apparaître un cancer invasif après 65 ans chute fortement.

Des situations particulières, telles qu’une immunodépression ou des antécédents personnels, poussent à adapter les recommandations. Le test HPV peut alors être proposé après 65 ans, en accord avec le médecin. Ces débats traduisent un enjeu central : personnaliser la prévention tout en évitant des examens en trop.

Pour mieux cerner les enjeux, voici quelques points clés :

  • 10 % des nouveaux cancers du col touchent des femmes de plus de 65 ans
  • Le risque grimpe chez celles n’ayant jamais été dépistées
  • Les recommandations intègrent de plus en plus les facteurs individuels

Ce que disent les études sur les risques et bénéfices du frottis après 65 ans

Les études scientifiques apportent un éclairage précieux sur la question du frottis après 65 ans. Plusieurs grandes cohortes, dont celles publiées dans l’American Journal of Preventive Medicine, montrent un constat commun : chez les femmes dont les dépistages précédents étaient normaux, poursuivre le frottis-test ou le test HPV n’entraîne qu’un bénéfice très limité en matière de réduction du risque de cancer du col. À cet âge, les lésions précancéreuses deviennent rares, tandis que les faux positifs augmentent, entraînant parfois des investigations inutiles ou invasives.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus après 65 ans cible surtout les femmes n’ayant pas eu de suivi régulier avant. Les données françaises, relayées par l’Institut national du cancer, confirment que les cas détectés après 65 ans concernent en majorité des patientes sans frottis cervical récents.

Voici une synthèse pour visualiser la balance bénéfices/risques :

Profil Bénéfice du frottis après 65 ans Risques associés
Frottis réguliers et normaux avant 65 ans Très limité Faux positifs, surdiagnostic
Absence ou rareté de dépistage Rattrapage utile Examens complémentaires

La tendance actuelle privilégie donc une approche ciblée : proposer un rattrapage aux femmes peu ou pas dépistées, mais éviter la systématisation pour celles dont le suivi a été mené selon les recommandations. L’objectif ? Limiter les interventions inutiles, tout en gardant un œil attentif sur les personnes à risque.

Docteur en consultation avec un patient dans un cabinet médical

Être actrice de sa santé après 65 ans : dialogue avec son médecin et vigilance adaptée

Cesser le frottis après 65 ans ne veut pas dire baisser la garde. Le médecin traitant, la gynécologue et la sage-femme continuent d’occuper une place centrale : chaque femme doit pouvoir évoquer ses antécédents, ses doutes ou tout changement dans sa santé intime. Ce dialogue sur mesure, loin des protocoles rigides, aide à repérer les situations qui justifient un dépistage ou une surveillance spécifique : antécédents de lésions cervicales, absence de frottis régulier, reprise tardive des rapports sexuels…

Pour celles qui ont eu une hystérectomie totale, plus besoin de dépistage si l’intervention concernait le col pour une pathologie bénigne. En cas de chirurgie pour cancer ou lésion précancéreuse, la surveillance s’adapte à chaque situation. La prévention, elle, continue : il faut rester attentive à tout symptôme inhabituel, comme des saignements, douleurs pelviennes ou pertes anormales.

Le test HPV a changé la donne, identifiant plus précisément les femmes à risque. La vaccination anti-HPV, étendue jusqu’à 19 ans, n’exonère pas d’un suivi personnalisé. Rappelons que moins de 20 % des cancers du col surviennent après 65 ans, souvent chez des patientes jamais dépistées.

Pour maintenir une vigilance adaptée, gardez en tête les recommandations suivantes :

  • Signalez tout symptôme persistant à votre médecin.
  • Sollicitez un avis en cas de doute sur un dépistage passé ou une situation particulière.
  • Actualisez régulièrement votre dossier gynécologique avec un professionnel.

Cette vigilance sur-mesure conjugue prévention et respect du parcours de chaque femme, sans céder aux examens de routine à répétition. Après 65 ans, la santé intime se cultive différemment : avec confiance, dialogue et attention portée à soi, elle ne se résume plus à un simple rendez-vous sur un calendrier.

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